Le 10 mai dernier, 2 élus de FUVEAU DEMAIN, Marc LEVY et Jean-François DUBUS, sont allés à la rencontre de Jean Claude MENSCH, Maire d’UNGERSHEIM.

Pourquoi cette visite ? Pour rencontrer un homme engagé et précurseur en matière de transition écologique et échanger avec lui sur des réalisations concrètes telles que son projet « de la graine à l’assiette » afin de s’en inspirer dans le cadre du projet de FUVEAU DEMAIN.

Son histoire a d’ailleurs été racontée dans le film « Qu’est-ce qu’on attend ? » de Monique ROBIN.

UNGERSHEIM,

Ville de 2 400 habitants située en Alsace dans la banlieue de Mulhouse, 1 000 foyers, 21 employés municipaux.

Budget de 8 M€/an dont 3,5 M€ en fonctionnement et 4,5 M€ en investissement, petite commune sans augmentation des impôts depuis 2005.

La vision d’un maire tourné vers la transition écologique

Jean-Claude MENSCH a tout d’abord souhaité partager avec nous ses objectifs et ses réalisations en matière de transition écologique appliquée à l’échelle de sa commune. Cette démarche concrète repose sur les trois piliers suivants :

  • Faire de sa commune un territoire à énergie positive (qui produit plus d’énergie qu’elle n’en consomme) : à travers un programme de 18 actions pour renforcer notamment l’isolation des bâtiments, la mise en place d’un éclairage public intelligent à led. Des actions qui ont bénéficié en 2018 de 1,7 M€ de subventions.
  • Créer un Institut de la Transition Ecologique
  • Soutenir et promouvoir une alimentation saine et locale
  • Faire de la Démocratie participative une réalité : nécessite de former et d’accompagner les habitants à cette démarche, (une idée de Jo Spiegel de Kingersheim) et de créer des commissions participatives ouvertes à la société civile.

Un projet de cuisine centrale : « de la graine à l’assiette »

Pour cela, la commune d’UNGERSHEIM a mis en place un projet alimentaire global comprenant trois éléments majeurs liés les uns aux autres :  

  • Des terres agricoles pour installer des maraîchers,
  • Une légumerie pour transformer légumes et fruits,
  • Une cuisine centrale pour fabriquer les repas,

Les terres agricoles et la légumerie

Tout d’abord, la commune a fait revenir des maraichers sur son territoire, en rachetant des baux aux céréaliers. Elle a également conservé 8 ha quelle a  mis à disposition d’une entreprise d’insertion : 30 personnes y travaillent, produisant 70 sortes de légumes destinés à la restauration scolaire et à une épicerie solidaire et participative, et en respectant les cycles de production et les saisons.

Clovis, maraîcher depuis six ans, travaille sur les Jardins du trèfle rouge.

Les surplus de légumes et les légumes déclassés sont valorisés et transformés dans la légumerie qui permet par ailleurs de garantir un approvisionnement de la cantine pour toute l’année.

L’installation des maraichers et des entreprises nécessite une politique incitative, ces activités nécessaires sont en plus créatrices d’emplois.

Les surplus de la dernière récolte ont été transformés en coulis de tomate et soupes.

 La cuisine centrale

Elle est tenue par un organisme d’insertion qui a pris en charge son équipement, 650 repas sont livrés chaque jour dans 8 écoles, dont 2 de la commune d’Ungersheim.

Le coût d’investissement initial a été de 750 000 € dont 500 000 € à la charge de la commune.

La gestion du personnel et le fonctionnement de la structure sont confiés à une association d’insertion dans le cadre d’une régie (qui permet à la Commune de rester maîtresse des décisions et de la tarification). C’est une externalisation positive car l’association paie le loyer. L’association d’insertion ne fait pas que cela, elle entretient les espaces verts et fait également de la formation. Le projet participe ainsi à la formation et à l’insertion  professionnelle de personnes en recherche d’emploi.

De plus, ici, tout est fait  en régie agricole (1). Le repas, produit à 100% de produits bio, coûte 4,20 €, dont 2€ environ pour les matières premières et le reste pour la fabrication (salaires, frais de fonctionnement) (pour information, le prix des repas était de 1,90 € à Mouans-Sartoux. , autre commune impliquée dans cette démarche).

Pour parvenir à ces coûts de production, un travail a été fait pour la préparation des menus et pour éviter le gaspillage alimentaire (à Fuveau, il est de l’ordre de 35-40 %) :

  • Produire de la qualité pour réduire le gaspillage,
  • les grammages (quantités) sont définis d’entrée, sans surplus.
  • Une éducation au goût : la pédagogie est à mettre en œuvre avec les enfants pour leur apprendre à aimer de nouveaux aliments et à varier leur alimentation
  • Privilégier des productions locales (ce qui n’empêche pas de cuisiner occasionnellement des produits plus «exotiques » (riz, …)
  • Un à deux repas végétariens par semaine, compte tenu du prix des produits carnés, en  favorisant les protéines végétales.

Enfin, chaque produit utilisé fait l’objet d’une attention particulière : utiliser des huiles de qualité, de préférence des premières pressions à froid, et des produits sans pesticides (car ce sont des perturbateurs endocriniens). 

 Deux questions à Jean-Claude MENSCH :

Avez-vous échangé ou travaillé avec d’autres communes sur ce projet, et comment essaimer cette initiative ?

« Ungersheim a participé à la création avec Mouans-Sartoux d’un Club des Territoires pour la Promotion du Bio dans les cantines, avec 17 autres communes lors de son lancement.

 Suite à l’expérience de Mouans-Sartoux et d’Ungersheim, il a été mis en place une formation pour le responsable du « Projet Alimentaire Territorial », à l’Université de Nice pour aider les communes à se lancer dans ce projet.

 De plus, pour faire partager cette magnifique aventure, un film a été tourné par Marie Monique ROBIN, intitulé « Quest ce quon attend ?» retraçant l’aventure d’Ungersheim.

Est-ce que les habitants sont prêts à revenir en arrière pour les repas ? Ou ce qui a été fait est devenu incontournable ?

« On a pas pu démontrer le bien-fondé de l’opération, et quand ça fonctionne on ne revient pas en arrière, on pérennise. Les réfractaires au projet trouvent des arguments « bidons », ils sont très peu nombreux, et on peut les convaincre car il n’y a pas aujourd’hui de solution alternative. »

Trois autres projets mis en place par Jean Claude MENSCH à UNGERSHEIM pour accompagner la transition écologique :

La gestion de l’eau

« Elle est revenue en gestion municipale par le biais d’une régie, ce qui a permis de réduire le prix de l’eau de 20% »

Les déchets verts

Le ramassage des déchets verts par sacs est réalisé avec des chevaux, une solution moins onéreuse, et non polluante. « La collecte est faite par deux employés municipaux, c’est faisable et concurrentiel, pourtant c’est une compétence de la communauté de communes. Il a fallu équiper un quai de transbordement et faire basculer la remorque pour le déchargement. Il faut collecter les déchets verts et les retourner à l’agriculture, c’est un projet qui rencontre cependant beaucoup d’obstacles. Le Cheval apporte beaucoup d’humanité. 

C’est la commune qui gère les trois chevaux et les équipements inhérents, les remorques en particulier. 3 personnes des services techniques, volontaires, ont été formés. »

Le Transport à l’école en carriole

« Concernant le transport des enfants, il a été calculé que 4 600 kms de déplacement  en voiture par an ont été épargnés aux parents. Il faut  inciter la marche à pied, le vélo ou le cheval, qui n’entrainent pas de pollution. Un des buts recherchés, c’est la reconnexion avec la nature et ça coûte très peu à la commune, C’est un bon programme avec 0 % d’accident, par l’insertion du cheval dans la modernité.

Un cheval c’est 7 000 €, équipé, 10 000 € ; une calèche c’est 7 000 €, équipée, 10 000 €,

Un camion c’est 100 000 €, alors vous comprenez mieux le choix !”

Jean-Sébastien, de la régie municipale, et ses chevaux de race comtoise.

Au final, des échanges très riches avec un Maire qui met en oeuvre des solutions concrètes pour faire avancer la transition écologique dans sa commune.

Pour en savoir plus sur Ungersheim , c’est ICI


(1)La régie agricole est un outil d’une grande efficacité qui permet de relocaliser la production, de se réapproprier des espaces urbains en les dédiant à l’alimentation, elle permet aussi de faire baisser les coûts de l’introduction du bio en restauration collective. Les terres appartiennent à la commune et l’agriculteur est un employé communal.